Rapport de la présidence du jury

yves christen, coprésident du jury, le 5 juin 2009

Il faut rappeler que la reconstruction du bâtiment du Grand Conseil vaudois sur le site de Perregaux est un projet de dimension plutôt modeste tant en ce qui concerne son volume de construction que son coût, en comparaison d’autres bâtiments administratifs cantonaux.. Mais cette modestie est sans commune mesure avec l’attente et l’attachement des autorités politiques et de la population vaudoises pour le siège du pouvoir législatif. En 1803, Alexandre Perregaux avait, en effet, su construire pour le premier Parlement des Vaudois un bâtiment emblématique à l’architecture contemporaine de style néo-classique, en le fondant sur les vestiges médiévaux aujourd’hui encore intacts dans leur ensemble. La Cité, avec sa cathédrale et ses constructions annexes, lieu du pouvoir spirituel depuis le Moyen-Âge, accueillait ainsi dès l’avènement du nouveau canton de Vaud le siège de l’autorité et du pouvoir politique.

La reconstruction et la remise à jour aux exigences actuelles du Grand Conseil présente donc un défi urbanistique, architectural et politique majeur pour le Canton et sa capitale. C’est pourquoi, le maître de l’ouvrage, Conseil d’Etat et Parlement réunis, a imposé des conditions strictes qui auraient pu sembler difficiles à concilier, s’agissant de l’intégration de la construction dans la silhouette de la Cité, du maintien de composantes historiques avec les exigences d’un parlement moderne, des qualités architecturales, de l’économie du projet et de ses qualités environnementales. Que les architectes qui ont accepté de résoudre cette quadrature du cercle soient vivement remerciés pour leur collaboration précieuse. Ils auront participé par leur réflexion à la recherche de la meilleure solution pour le Parlement des Vaudoises et des Vaudois. Cinquante-deux bureaux d’architectes de Suisse et de l’étranger ont accepté de jouer le jeu et ont présenté un dossier de candidature. Le jury en a sélectionné trente-trois pour le premier degré et vingt-huit d’entre eux ont répondu en présentant un projet concret. Ces derniers ont offert une assez grande diversité de partis, ce qui a permis au jury de choisir six projets pour le deuxième degré, représentant un bon éventail de propositions allant du maintien maximum des éléments de construction préservés lors de l’incendie de Perregaux à des interventions plus radicales, tout en respectant les conditions strictes du concours. Malgré le peu de libertés laissées aux concurrents, le jury a été agréablement surpris par la qualité des réflexions et de leur mise en oeuvre lui permettant ainsi de dégager la solution répondant le mieux aux critères du concours.

Le jugement final a donné lieu à des débats nourris sur l’empreinte symbolique du Parlement, siège de l’Autorité législative et sur son impact visuel sur la Cité. Le jury a privilégié un projet audacieux qui affirme la présence du Parlement de préférence à un projet plus effacé. Contrairement aux pratiques usuelles, une minorité importante du jury a souhaité exprimer son point de vue sur le projet retenu. En effet, bien que respectant le cahier des charges, celuici détruit selon elle trop de vestiges historiques des fondements du parlement existant. Il estime que la percée de la rue Cité-Devant 11 pour créer un accès n’a pas de justificatif historique et crée une discontinuité du bâti urbain. La reconstitution de la façade historique de la maison de Charbonnens pourrait s’avérer délicate et artificielle. Le toit donne au projet une expression dominante, dont l’impact sur la silhouette de la Cité est à ajuster.

Les membres du Jury ont travaillé de façon très complémentaire entre architectes, spécialistes du développement durable et représentants du Grand Conseil, ce qui a permis de dégager les projets alliant au mieux qualité architecturale et fonctionnalité. Afin de pouvoir tenir compte des critiques, suggestions et améliorations relevées lors des débats, il est proposé de désigner une délégation du jury pour le développement du projet lauréat.
Je tiens à souligner la qualité des interventions des membres du jury et le grand intérêt qu’ils ont manifesté durant les séances de travail. Lord Norman Foster a accepté exceptionnellement de participer au jury comme coprésident pour marquer son intérêt à la vie publique de son nouveau canton. Ce fut pour moi un honneur et un grand plaisir de conduire les débats du jury sous son autorité.
Qu’il en soit remercié de même que son collaborateur Max Neal, qui a officié comme traducteur. M. Jacques Perrin, Président en charge du Grand Conseil, la Présidente sortante, Mme Anne Baehler Bech et le secrétaire M. Olivier Rapin ont été d’un grand secours par leur connaissance du fonctionnement de l’institution.
Je remercie également M. Eric Perrette, architecte cantonal, membre du jury et son collaborateur M. François-Joseph Z’Graggen, architecte au DINF et M. Ivo Frei architecte mandaté, qui ont facilité la tâche du jury par une préparation irréprochable des procédures du concours lancé voici près d’une année.